2026-03-10
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La signature à Washington d’un accord de paix entre la République démocratique du Congo et le Rwanda intervient dans un moment où les tensions dans la région des Grands Lacs restent aiguës. L’initiative, encouragée par la diplomatie américaine et applaudie dans plusieurs capitales occidentales, soulève néanmoins une question fondamentale : la souveraineté des États africains est-elle encore un pouvoir réel ou seulement un principe nominal, comme l’avait déjà souligné le politologue Stephen Krasner ? Faut-il voir dans cet accord une paix imposée de l’extérieur ou une démarche réellement concertée entre acteurs régionaux ?

Pour Godefroy Miduandule , Analyste en géopolitique et géostratégie de l’Université de Kisangani, la médiation américaine s’inscrit clairement dans ce que Roland Paris qualifie de « peacebuilding libéral », une paix conçue comme un modèle standardisé et exporté sans tenir compte des dynamiques locales. Derrière l’accord, analyse-t-il, se dessinent aussi des intérêts géoéconomiques globaux, notamment la maîtrise des ressources stratégiques de l’Est de la RDC.

” Ce type d’arrangement donne souvent l’impression d’une gestion lointaine du conflit, davantage alignée sur les priorités internationales que sur les attentes des populations congolaises ” , souligne l’analyste.

À l’opposé de cette logique, des penseurs africains tels qu’Achille Mbembe ou Thandika Mkandawire rappellent l’urgence d’une réappropriation africaine de la paix et du destin politique du continent. Une paix durable, affirment-ils, doit émerger de l’intérieur, en tenant compte des réalités sociales, culturelles et institutionnelles propres aux sociétés africaines.

Mahmood Mamdani, spécialiste des conflits postcoloniaux, insiste quant à lui sur la nécessité d’aborder les crises sous l’angle des citoyennetés réelles, de l’histoire et de la mémoire des peuples concernés. Sans cela, aucun accord signé à des milliers de kilomètres ne pourra résoudre les antagonismes enracinés.

Pour Miduandule, la RDC ne peut continuer à s’en remettre à des accords parachutés depuis Washington ou Bruxelles. Les organisations régionales, CIRGL, SADC, Union africaine , trop souvent marginalisées, doivent devenir les véritables architectes du règlement des tensions régionales.

En écho à William Zartman, il rappelle que les solutions africaines exigent des cadres de médiation enracinés, où les acteurs locaux jouent un rôle central et ne servent pas simplement de décor aux stratégies internationales.

” Il est temps de construire une souveraineté diplomatique africaine responsable ” , insiste Miduandule, reprenant la conception développée par Francis Deng. Une souveraineté qui ne se limite pas à un principe juridique, mais devient un engagement concret envers les citoyens et les États voisins. Le Congo, par sa position géopolitique, porte une responsabilité particulière : celle de contribuer à une architecture de sécurité régionale cohérente et durable.

Pour l’analyste, l’accord signé à Washington ne doit ni être rejeté ni être sacralisé. Il constitue une étape tactique, un point de passage obligé dans un processus plus large. Mais il ne peut, en aucun cas, être considéré comme une solution finale.

” Le véritable défi ” , conclut-il, réside dans la construction d’une paix endogène, légitime, souveraine, façonnée par et pour les peuples africains. Tant que cette dimension restera absente, aucun accord fût-il signé à Washington ne pourra prétendre résoudre durablement la crise.

Guerrier Sniper

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